Have you ever dance with the Devil in the Moonlight?

 

Le Soleil se couche à peine que déjà tu pointes ton nez en dehors de ta Tanière, comme tu te plais à l'appeler. Le vent souffle, il fait frais, même en plein printemps alors qu'il devrait faire encore doux. Habitué et sans crainte, tu te glisses jusqu'au dehors de la ville. Ici, rien ne t'effraie, rien n'a le temps de saisir ta présence. Jamais on ne peut deviner ton identité, tu t'échappes avant qu'on puisse la saisir.
Plus tu t'éloignes de la ville encore bien animée, plus tu sens la puissance du vent souffler. Tes pensées s'évadent, tu t'imagines déjà là-bas, dans un ailleurs improbable et pourtant tellement concret à tes yeux. Le vent t'entraînant, tu t'élances, cours, sembles t'envoler comme pour te porter le plus loin possible de cette ville que tu hais tant... De toute façon, tu n'as rien à perdre, il n'y a que là-bas qui t'intéresse, même ta Tanière ne vaut rien face à ce que tu vas rejoindre.
Toujours plus vite ! Toujours plus loin ! Le temps n'a plus d'importance, il s'étire comme pour te permettre d'arriver à temps à ton point de rendez-vous. Le rendez-vous le plus important de toute ta vie. Tu ne sais si cette occasion se représentera un jour. Alors tu poursuis ta course, débordant d'énergie. Puise dans la Terre qui jamais ne te demandera quoi que ce soit en retour ! Puise dans les airs qui t'ont déjà tant poussé, puise comme jamais, puisque tu auras besoin de ton énergie personnelle pour aller encore et toujours plus loin, une fois là-bas...
Enfin, à l'horizon, tu perçois ton ailleurs, ce coin d'éternité que tu cherches à atteindre depuis ces quelques heures passées à courir. Le Soleil disparaît derrière cette forêt dense et sombre, et sans t'arrêter, tu la dévores déjà du regard.
Tes pensées se perdent et le temps de nouveau t'échappe, la Nuit tombe et avec elle, tu entres dans cette mystérieuse forêt... Le temps s'arrête... Tu t'avances... Tu t'échappes d'un monde plein de contraintes... Ici c'est chez toi, l'habitat désiré de tout rêveur, un monde à part, dans lequel tous les rêves sont permis, un monde dans lequel tout est possible...

Silencieux dans cet environnement sauvage, tu vas toujours tout droit, tu écoutes ce qui est déjà en toi ; le bruissement des feuilles sur ton passage, le vent dans la cime des arbres, les oiseaux qui s'envolent, les fleurs qui se referment... Tu ne fais que sentir ce qui est, depuis tes odeurs de civilisation humaine jusqu'aux plus naturelles... Tu ne fais que voir la beauté des arbres, de la terre que tu remercies à nouveau, tu t'émeus face à la tristesse que t'inspire une feuille tombée d'un arbre, et répondant à un réflexe, tu tends les mains pour l'attraper. Non, cette feuille là n'est pas comme les autres. Elles sont toutes différentes les unes des autres, et celle-ci est particulière. Dans ton cœur tu entends son chant, son chant d'amour et d'adieu. Celle-ci est morte mais te communique un message de paix et de beauté. Tu la déposes au pied de son arbre et restes un instant l'âme silencieuse, tu te recueilles, c'est encore un merci dit à la terre. Tu poursuis ton voyage vers le cœur de cette immense forêt. Maintenant, peu importe quand tu arriveras, tu y es et c'est tout ce qui compte.
Reprenant l'air de la feuille, tu chantes doucement pour apaiser ton cœur et pour avancer sereinement. Tu sens la fraîcheur de la Nuit et ça te fait du bien... Ça faisait si longtemps que tu n'avais pas été en paix avec toi-même... Les mots te viennent et tu chantes toutes tes peines, toutes tes pertes, tous tes regrets... Cela faisait si longtemps que cela te pesait sur le cœur.
Le long chemin que tu avais entrepris s'arrête enfin. Le cœur de la forêt est face à toi. Un grand sourire se dessine sur ton visage : c'était si simple ! Il suffisait seulement de ça pour y arriver ! Tu te mets à rire doucement et t'avances vers le feu qui est déjà éclatant. Un feu bien entretenu qui n'attendait que toi. Toi et seulement toi. Avant, tu doutais de ce qu'il fallait faire, mais maintenant tes gestes sont automatiques, au fond de toi tu avais toujours su ce qu'il faudrait faire lorsque tu y arriverais ! Comme tout devient simple, comme tu te sens bien...
Et fatigué, tu t'allonges auprès du feu et t'endors d'un premier repos bien mérité, sans mauvais rêve...

A ton réveil, le feu est toujours vivace, mais le froid t'envahit. Que se passe-t-il ? Pourquoi te sens tu effrayé ? Tu te redresses et écoutes le silence de la Nuit. Le silence de la forêt. Même le feu te semble silencieux. Le vent ne souffle plus... Tu n'oses pas te lever. Tu écoutes. Tu essaies de comprendre ce qui a changé. Non, tu n'es plus fatigué. Non, tu n'as rien à craindre dans cette forêt... Le ciel est noir et tu perçois les étoiles seulement au-dessus de toi. Cette nuit, la Lune est noire.
Tu trembles de froid et te rapproches du feu mais finis par te lever. Alors seulement tu la vois. Une personne là, contre un arbre, qui te regarde. Elle sourit : tu l'as enfin remarquée. Elle ne s'approche pas. Vous restez un long moment à vous observer mutuellement. Tu comprends que le changement d'atmosphère est dû à son apparition. D'où vient-elle, qui est-elle, tu n'en sais rien. Elle est là, c'est tout ce qui compte, c'est le principal. Tu l'attendais, c'était elle que tu cherchais. Et maintenant, elle t'apparaît comme cela se devait. Finalement, tu t'écartes du feu pour pouvoir la voir directement. Elle ne cille pas.
Elle s'approche de toi et tu sens résonner dans ta tête une voix qui t'en apprend plus sur elle. A peine plus petite que toi, son regard sombre, profond, te sonde et semble tout apprendre de toi. Elle porte une simple robe couleur émeraude. Enfin, tu entends sa voix :
- Es-tu donc celui que j'attendais? Arkanis...
- Sila... C'est vous que je cherchais.
- Je sais, répond-elle avec un sourire énigmatique, je le sais bien... Notre rendez-vous a été fixé il y a des siècles de cela. Approche-toi, Arkanis, approche-toi et serre-moi contre toi, mon bel ami. Je t'attends depuis si longtemps.
Tu t'avances et l'enlaces tendrement, comme ton cœur se réchauffe, comme ton esprit s'apaise... Alors c'était si simple que ça ?
Mais elle se met à rire et à chanter, puis t'entraîne dans une danse endiablée, tu t'épuises à suivre ses pas, tu t'épuises à chanter avec elle, mais elle rit toujours, et son rire t'entraîne loin dans les cieux, te ramènes au sol, t'emporte jusqu'aux terres les plus inconnues...
Tu ris avec elle, tu chantes avec elle, tu as chaud, tu as froid, tu es fatigué, débordant d'énergie... Tu t'essouffles et essaies de l'arrêter, mais alors son regard se durcit :
- Tu ne peux m'arrêter, Arkanis, cette danse est la notre... Tu dois aller au bout si tu veux obtenir ce pourquoi tu es venu jusque là !
- Mais... Sila, je ne puis plus... Je m'essouffle !
Elle rit et t'entraîne plus rapidement :
- Alors ne nous ralentis pas ! Plus vite nous aurons terminé, Arkanis, plus vite nous nous reposerons ! Serais-tu devenu plus faible avec le temps, ajoute-t-elle malicieuse, au point que tu aies oublié comment rester énergique ?
Elle rit à nouveau, moqueuse. Honteux, tu ne peux plus t'arrêter, ta tête tourne, le souffle te manque, et quand enfin elle te lâche car l'instant est terminé, tu t'écroules, inanimé...

Lorsque tu reprends conscience, la chose est étrange, ton corps t'échappe, ton âme s'envole, et de haut tu vois la belle Sila chanter tendrement sur ton corps. Ainsi tu comprends que tu es mort. Tu te laisses aller, plus haut, plus loin de ce monde. Tu étais venu danser avec la mort pour enfin terminer avec cette vie qui durait depuis de trop longs siècles...